Tu sais bien, rester au bord de la route, et regarder les autres vivre. Laisser couler les larmes, le temps, la fumée. Ne pas s'impliquer. Impression de solitude, tu la connais toi ? Ce roulement incertain des secondes qui s'en vont, et savoir qu'elles sont perdues à jamais. Se dire peu m'importe, alors que ce n'est pas vrai. Tu sais bien quoi, la recherche du vertige, la caresse et la guerre. Tu la connais, toi, la souffrance amère ? Des fois, le ciel se met à tourner, les sens s'exaltent, tout prend une vitesse formidable. On croit vivre, enfin. Mais ce n'est qu'un simulacre, hein ? Tu le sais bien, non, que tout est faux, et que seule l'illusion nous sauvera. Non, tu ne sais pas ? C'est vrai, toi, tu vis. Toi, tu sais ce qu'est la sensation voluptueuse de profiter du monde. Toi, sale égoïste, tu es comme les autres. Banalement heureux. Voir triste. Mais la mélancolie t'es étrangère, hein ? La nostalgie d'un temps inconnu, meilleur, tu ne l'as pas. Une mélodie inconnue ne te hantes jamais. Jamais tu ne te demande ce que tu fous sur cette putain de planète, hein ? Et merde. Sois heureux, vas, je ne t'en veux pas. Je te regarderai vivre, comme tout le monde vit, à rire de connerie et s'amuser ensemble. Et je pleurerai, ayant conscience de ce que je perds. Et je souhaiterai ma mort, et celle de tout mes pairs. Qui sait, un jour, tu sauras ?